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Les concepts du yoga : l'équilibre dans l'effort

L'effort sans la tension

Le yoga postural nous amène naturellement à nous confronter au sens de l'effort dans la pratique. La dualité entre effort maîtrisé et le fait de forcer dans une posture est difficile à concevoir avant de se glisser sur un tapis de yoga. La mesure dans l'effort est un apprentissage de soi et de son corps. Ce geste-là n'est pas uniquement dédié à votre cours de yoga, mais il résonne dans le quotidien, dans toutes ces situations où nous avons tendance à passer en force, sans jamais écouter nos émotions et notre corps, comme s'il s'agissait d'un réflexe conditionné. Lorsqu'on entend le professeur de yoga conseiller qu'il faut tenir l'effort, sans forcer, on peut être étonné de cette nuance qui est tout sauf intuitive. Que nous parlions de l'ancrage dans le présent ou de la concentration, l'idée centrale reste sensiblement la même : la connaissance de soi passe par la connaissance de son corps.

L'effort dans le yoga

L'effort et le yoga

La notion d'effort dans le yoga est protéiforme et recouvre aussi bien la dimension physique que mentale. Chaque mouvement demande une dépense d'énergie qui se traduit par un effort : marcher, sauter, danser, respirer... Pourtant, ces efforts n'ont rien de négatif. Ils sont même largement encouragés par les politiques de santé publique quand, et c'est important, ils sont adaptés. Dans notre approche holistique du yoga, l'effort peut être envisagé comme le moteur nécessaire d'un cheminement intérieur qui, dans la tradition, peut mener le sage jusqu'à l'éveil. Il ne se réduit alors ni à la puissance, ni à la force physique, mais il prend la forme du courage, de l'intention et de la volonté nécessaire au changement et à la transformation. Pour les pratiquants de yoga, les asanas, le pranayama et la méditation, l'effort est une constance.

La posture du guerrier : entre effort et relachement

Dans les asanas, l'effort peut tout aussi bien se retrouver dans la posture du guerrier que dans celle de l'arbre. Les exercices de pranayama et de méditation nécessitent aussi ce mouvement qui prendra plutôt forme dans la concentration. Plus simplement, combien de fois avez-vous déroulé votre tapis de yoga alors que vous pensiez ne pas en avoir envie ? Vous avez fait l'effort, ce mouvement de volonté qui vous conduit à une pratique régulière. La difficulté est de trouver cet équilibre, parfois aussi fin qu'un fil de soie, entre ce mouvement contrôlé et le passage en force. C'est toute la nuance qui fait du yoga, non pas un sport, mais une discipline posturale.

 Patanjali et ses sutras : la juste mesure

Nous pourrions imaginer que cette question est toute occidentale : l'effort, et même le goût de l'effort, la compétition sur tous les terrains, être le meilleur, se dépasser, souffrir pour être, et surtout avoir. Pourtant, la question est loin d'être nouvelle. Elle traverse même la pratique du yoga puisque les Yoga Sutras de Patanjali témoignent déjà d'une réflexion sur la juste mesure. Le sutra II.46 explique l'intention de la posture : Sthira sukham āsanam se traduit par  "la posture doit être à la fois stable et aisée".  Ce sutra ne parle pas directement de l'effort, mais il induit une idée essentielle dans la compréhension de ce dernier : un asana trouve sa justesse dans l'équilibre entre deux qualités qui pourraient sembler opposées. 

Comment percevoir la nuance entre l'effort juste et l’excès ?

Le sutra suivant est aussi intéressant que nébuleux : prayatna śaithilya ananta samāpattibhyām. Il est souvent traduit par « le relâchement de l'effort et l'absorption dans l'infini ».  Pour notre sujet, Prayatna śaithilya  nous intéresse plus particulièrement : « le relâchement de l'effort ».  Ce sutra ancre déjà cette idée simple, mais difficile à concevoir : l'effort ne signifie pas forcer, mais doit être utilisé et pensé au travers du relâchement. Si cela est théorique, voire ésotérique, ces concepts prennent corps sur votre tapis de yoga.

Comment percevoir la nuance entre l'effort juste et l’excès ?

C'est une question rhétorique, car en réalité, c'est vous qui détenez la réponse. Si la blessure au yoga peut indiquer que la limite est largement franchie, la réalité de la pratique est plus complexe, car le yogi joue sur la nuance. Pour ajouter de la complexité, il faut souligner une base conceptuelle incontournable : cette limite n'est pas universelle, mais dépend de chaque corps et même de chaque instant. L’état d'esprit, le niveau de conscience, le niveau de fatigue et de stress sont des facteurs prégnants dans la recherche de l'effort juste.

la perception due l'efffort dans la pratique du yoga

Dans la même semaine, sur le même flow, la même posture, la frontière peut évoluer. Une posture peut être tenue plus longtemps, les mains peuvent toucher les pieds, et puis le lendemain, sans raison apparente, l'effort mesuré conduit à une tension et.. la douleur vient. L'effort juste nécessite la connaissance de son corps, mais aussi de son ego.  Inversement, on peut aussi craindre l'effort et sortir hâtivement de la posture. Le manque de confiance en soi est souvent à l'origine de ce doute. L'inconfort dans un asana en équilibre ou dans une torsion est naturel et même souhaitable. Le cerveau a besoin de comprendre qu'il peut aller plus loin. Il apprend à se concentrer et à lâcher-prise et lorsqu'il comprend qu'il peut aller plus loin, c'est la confiance en soi qui grandit. 

l'effort, c'est être au-dela de sa zone de confort

L'effort n'est pas uniquement physique et nous venons de voir qu'il est de nature différente selon le pratiquant. On peut penser aussi que l'effort consiste à dépasser ses limites dans la pratique. Une personne qui est prompte à se lancer dans le défi et à toujours chercher la compétition va devoir faire un effort herculéen pour parvenir à s'aligner avec la philosophie du yoga. La découverte du relâchement sera peut-être tout aussi difficile pour elle que de trouver le courage et la confiance en soi pour réaliser, par exemple, la posture de la chandelle. Parfois, l'effort juste, c'est apprendre à ne rien ajouter, à ne rien enlever...

Le professeur peut guider le pratiquant, corriger une posture ou lui rappeler ses limites, mais il ne peut pas ressentir à sa place. Cette réflexion rejoint d'autres concepts du yoga : la connaissance de soi ne consiste pas seulement à observer ce que nous ressentons, mais aussi à comprendre la manière dont nous réagissons lorsque quelque chose nous demande un effort.