Chin Mudra la marca 100% francesa al servicio del Yoga
La tienda especializada en yoga, confía en Chin Mudra
Nos catégories Yoga

Éclipse solaire : que nous dit la tradition du yoga ?

Rahu, Surya, Chandra : les mythes de l'éclipse

La lune est venue se glisser entre la terre et le soleil. Pendant quelques instants, le soleil a disparu. Si, aujourd'hui, ce phénomène ne fait plus mystère, la disparition de l'astre a naturellement nourri les récits et les croyances. L'éclipse occupe une place particulière dans les traditions hindoues et s'inscrit dans une fascination ancienne pour les mouvements du ciel. Elle se retrouve notamment dans le Jyotisha, l'astrologie traditionnelle indienne, qui accorde une place centrale aux astres et à leurs cycles. Certaines pratiques associées à ces événements trouvent également un écho dans l'univers du yoga.

Quand Rahu veut dévorer le Soleil

Pour comprendre l'origine de cette croyance, il faut remonter au célèbre barattage de la mer de lait, dont nous avons raconté l'histoire dans un précédent article. Après des siècles de labeur, Dhanvantari apparut enfin avec la coupe contenant l'amrita, le nectar d'immortalité. Les Asura s'en emparèrent, mais Vishnu prit l'apparence de Mohini pour les tromper et rendre le précieux nectar aux Deva. Parmi les Asura, pourtant, l'un d'eux comprit la ruse. Svarbhanu se glissa parmi les dieux et réussit à boire quelques gouttes de l'amrita. Mais Surya, le Soleil, et Chandra, la Lune, reconnurent l'imposteur et avertirent Vishnu. Celui-ci lança alors son disque, le Sudarshana Chakra, qui trancha la tête de Svarbhanu. Mais le nectar avait déjà fait son œuvre. Svarbhanu était devenu immortel. Sa tête prit le nom de Rahu, tandis que la partie inférieure de son corps devint Ketu. Désormais séparé de son corps, Rahu conserva pourtant le souvenir de ceux qui avaient provoqué son châtiment. Il nourrit dès lors une profonde rancune envers le Soleil et la Lune, qu'il tient pour responsables de son destin.
Depuis, Rahu les poursuit dans le ciel et tente régulièrement de les dévorer. Lorsqu'il parvient à saisir le Soleil, celui-ci disparaît momentanément : c'est l'éclipse solaire. Mais Rahu n'ayant plus de corps, il ne peut conserver sa proie. Le Soleil finit toujours par réapparaître et poursuivre sa course. Le Soleil et la Lune, Surya et Chandra, ne sont donc pas de simples éléments du décor de cette légende. Ils occupent tous deux une place importante dans la tradition du yoga, où leurs noms évoquent aussi deux dimensions complémentaires de la pratique.

Éclipse solaire : que nous dit la tradition du yoga ?

Sous l'ombre de l'éclipse, la lumière intérieure 

Dans les traditions hindoues, les phénomènes célestes se vivent comme un moment singulier associé à des pratiques spirituelles. Selon les traditions et les régions, des récitations de mantras, des prières, des méditations ou des jeûnes viennent  accompagner ces périodes. Parmi les textes récités à cette occasion figure le Gayatri Mantra, une invocation ancienne associée à Savitr, la puissance solaire. Sa récitation demande que la lumière divine éclaire notre intelligence:

  • Om Bhur Bhuvah Svah
  • Tat Savitur Varenyam
  • Bhargo Devasya Dhimahi
  • Dhiyo Yo Nah Prachodayat

Le Gayatri Mantra lui-même est traditionnellement associé à Savitr, une forme ou puissance solaire, également appelée Surya Gayatri. Quand la légende raconte comment Rahu tente de dévorer l'astre lumineux, la récitation des mantras maintient un lien avec cette lumière lorsqu'elle semble momentanément disparaître. Le silence et la méditation trouvent également leur place pendant les éclipses. Lorsque le ciel change de visage et que la lumière du jour s'atténue, l'attention peut naturellement se détourner du monde extérieur pour se porter vers l'intérieur. Une disposition qui entre en résonance avec l'une des dimensions essentielles du yoga : apprendre à observer, à ralentir et à accueillir ce qui se présente. C'est là que l'éclipse rejoint le plus naturellement la pratique du yoga. Elle ne demande rien de particulier. Elle offre simplement, pendant quelques instants, un changement suffisamment inhabituel dans le monde extérieur pour que nous prenions conscience de notre propre regard.

Quand Rahu veut dévorer le Soleil

Quand la lumière extérieure s'efface

Dans la pratique du yoga, cette capacité à détourner son attention du monde extérieur porte un nom : pratyahara, le retrait des sens. Il ne s'agit pas de fuir le monde, mais de suspendre un instant la sollicitation permanente de l'extérieur pour observer ce qui se passe en soi. L'éclipse n'est donc pas nécessaire pour pratiquer. Elle peut simplement devenir une belle occasion de se souvenir que le yoga nous invite aussi à observer.

L'eclipse dans la pratique du yoga :

Entre Surya et Chandra

Le phénomène d'hier réunissait deux figures particulièrement importantes dans l'imaginaire yogique : Surya, le Soleil, et Chandra, la Lune. Dans la tradition du yoga, le Soleil et la Lune représentent deux principes complémentaires. Surya est associé à la lumière, à la chaleur, à la vitalité et à l'énergie. Chandra évoque davantage la fraîcheur, la réceptivité et l'intériorité. Cette polarité se retrouve jusque dans certaines pratiques et dans les notions de souffle solaire et lunaire. Pendant une éclipse, la Lune vient momentanément recouvrir le Soleil. La lumière de l'un semble alors disparaître derrière l'autre, avant que chacun ne reprenne sa course. Cette rencontre fugitive entre Surya et Chandra rappelle ainsi que le yoga ne cherche pas à opposer les contraires, mais à les mettre en relation. Le solaire et le lunaire, l'activité et le repos, l'énergie et l'intériorité peuvent coexister sans que l'un ait besoin de faire disparaître l'autre.

Ce que l'éclipse nous laisse

Ce que l'éclipse nous laisse 

L'éclipse est désormais passée. Le Soleil a retrouvé sa place et la danse céleste a repris son cours. Il reste pourtant quelque chose de ce spectacle. Nous avons regardé ensemble ce phénomène rare avec, en tête, les connaissances scientifiques accumulées depuis des millénaires. Dans l'Inde ancienne, le même phénomène pouvait enfanter des récits de dieux, de sagesses et de forces cosmiques. Ces deux regards ne s’opposent pas et permettent de relier le savoir et la symbolique. Ne serait-ce pas une belle manière d'aborder le yoga ? Comprendre le monde qui nous entoure avec l'intellect et le ressentir en le contemplant ?